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L'itinéraire d'Hannibal selon Polybe

En suivant au plus près le texte de polybe, nous avons vu que seule la route de la vallée du Drac apportait une correspondance crédible. Nous allons donc commenter ce parcours selon l'éclairage apporté par Polybe.

Hannibal traverse le pays allobroge

Polybe nous raconte qu'Hannibal marche pendant dix jours en suivant d'abord la rive gauche de l'Isère, puis en s'engageant dans la basse vallée du Drac et arrive enfin après 136 km au pied d'un montée qui lui fera définitivement abandonner les pays de plaine. Hannibal redoutait particulièrement cette traversée du territoire des Allobroges connaissant la puissance de ce peuple. L'escorte des Segovellauni en arrière garde de son armée et le fait de ne pas s'aventurer dans l'Isle, c'est-à-dire de rester sur la rive gauche de l'isère, va limiter les risques de conflit avec les Allogroges. Arrivée à la confluence de l'Isère et du Drac, son armée continue sur la rive gauche du Drac, passe à l'est de la petite colline de Comboire et pénètre dans la plaine de Varce. Hannibal sort enfin du territoire tant redouté des Allobroges dont la limite est marquée par une petite colline nommée le Petit Brion, nom gaulois qui signifie la citadelle. Le sommet de cette colline et celui du Grand Brion, la colline voisine est occupé par des gaulois en armes. Hannibal décide alors d'établir son camp à Vif, petit village situé au pied du Petit brion pour se donner le temps d'élaborer un plan. Les vallées et les montagnes qui se présente alors devant lui appartiennent aux tricori, un peuple qui occupe le plateau matheysin, le plateau du Triève et la vallée du Drac jusqu'au col Bayard.

La montée dans les Alpes et la première embuscade

Hannibal apprend par ces éclaireurs que tout le peuple Tricori s'est posté sur les hauteurs qui domine la route qui s'élève désormais dans les montagnes, décidé à ne pas se laisser pillé sans se défendre. Les trociri sont soutenus par un grand nombre de tribus allogroges, certainement celles qui sont proches des tricori et qui vivent dans l'Y grenoblois. la montée jusqu'au plateau est très longue, avec près de 20 km. Hannibal prend le risque d'engager ses troupes dans le chemin qui s'élève à flan de coté, avec des ennemis qui les surveillent au dessus et des précipices par endroits qui plongent vers le cours du Drac, il établit un camps en plein milieu de cette montée, à un endroit où le coteau redevient plus plat, plus large et plus accueillant, sur le petit plateau de Monteynard. Les ennemis gaulois sont juste un peu plus loin, sur les hauteurs surplombant la combe de la Motte-d'Aveillans. C'est là que va se dérouler la première bataille. Les Tricori occupent toute la partie sud de la crête de la Montagne du Connest, un promontoire qui domine une demi-douzaine de villages tout proches. La configuration du terrain est telle qu'un petit nombre d'ennemis bien placé sur les hauteurs de la combe peut facilement harceler l'armée carthaginoise dans sa progression. Hannibal décide donc de sécuriser son passage et de prendre possession des crêtes avant d'entamer la seconde étape et de s'engager dans cette dangereuse montée.

Lors du combat, les animaux de bât lourdement chargés et les chars sont déséquilibrés et roule dans le ravin profond de plus de 400 m qui domine le cours du Drac. Beaucoup d'animaux et de matériel seront perdus dans ce passage. Après la fuite des Tricori devant la supériorité punique, Hannibal décide de prendre les devant et d'aller s'emparer de la plus importante bourgade du plateau. Il pille entièrement la ville de la Mure et repart avec des animaux, du matériel et pour trois jours de vivres. Il continue ensuite tranquillement sa marche, les ennemis déstabilisés, n'osant plus se montrer. Après quatre jours de marche, il arrive aux abord du col de Manse, un col jumeau du col Bayard qui marque la fin du territoire des Tricori et qui s'ouvre sur la large vallée de la Durance.

La seconde embuscade

Arrivé dans ce nouveau territoire, Hannibal rencontre un nouveau peuple qui semble se présenter à lui avec des intentions pacifiques. A l'entrée de leur territoire, c'est à dire au col de Manse, les Caturiges portant des couronnes d'olivier et agitant des rameaux d'olivier en signe d'amitié, accueillent hannibal pacifiquement. Cette succession de deux vallées géographiquement et culturellement différentes est la seule façon d'expliquer cette succession de deux peuples également très différents. Un autre détail qui peut paraître insignifiant intervient au seul endroit où il est géographiquement possible de rencontrer des oliviers. Hannibal arrive donc bien dans la vallée de la Durance à la limite de la zone de l'olivier provençal.

Hannibal continue sa marche pendant deux jours escorté par les Caturiges et traverse la Durance à la hauteur de Savines afin de profiter de la rive la plus facile. C''est dans le défilé immédiatement en amont de Savines qu'Hannibal subit la seconde embuscade. Cette fois-ci, les Gaulois laisse passer le gros de l'armée et s'attaque à son arrière garde. Hannibal qui se trouve dans cette arrière garde, va se retrouver coupé de ses troupe et de son matériel. Il est contraint de passer la nuit sur un promontoire qui ressemble à un rocher blanc. Les traces de ce promontoire ne sont plus visibles aujourd'hui car toute cette partie du cours de la Durance est sous les eaux du barrage de Serre-Ponçon.

L'arrivée au col

Après cet épisode, Hannibal continue sa route plus paisiblement, seuls quelques pillards harcèlent ça et là les groupes isolés. Au bout de neuf jours, il atteint enfin le sommet du col du Mont-Genèvre. A ce stade du voyage les soldats sont particulièrement épuisés car les étapes se raccourcissent presque de moitié. Polybe mentionne la date d'arrivée au col en précisant que c'est le temps du coucher des Pléiades. cette constellation disparaît du ciel les tous derniers jours d'octobre. Du sommet du col, Hannibal montre au loin les plaines du Pô à ses soldats pour les encourager.

Est-il indispensable qu'on voit réellement depuis le sommet du col les plaines du Pô qui s'étendent au loin ? Beaucoup de chercheurs en ont fait un point décisif pour reconnaître le col et n'hésitant pas à proposer pour cela des col situés au dessus de 2500 m d'altitude (col de Savine-Coche), voire des cols avoisinant les 3000 m d'altitude (col de la Traversette).

Le col du Mont-Genèvre n'offre pas de vue dégagée sur l'Italie, mais cette contradiction avec le texte de Polybe n'est pas rédhibitoire. Il est très nettement plus probable qu'il s'agisse d'un col de basse altitude d'accès facile et rapide, et par conséquence profondément encaissé et sans vue dégagée. Dans les Alpes, seuls les cols de très hautes altitudes permettent de voir les plaines éloignées, mais dans ce cas la difficutlé de leur accès les écarte de des routes probables de cette époque.

D'autre part, il y a de fortes chances qu'Hannibal désigne simplement le versant italien du col et le bout de vallée qu'on voit de manière symbolique comme étant enfin le commencement du territoire tant attendu de l'ennemi romain. Pour nous en convaincre, nous remarquons aussi qu'Hannibal désigne du bout du doigt le point où Rome est située, ce qui n'est qu'une désignation abstraite.

La descente vers l'Italie

Après une journée de marche, l'armée carthaginoise arriveà un endroit où la route est coupée par un large éboulement. Une journée de travaux dans des conditions pénibles va être nécessaire pour reconstruire une partie de la route. Au delà de l'éboulement Polybe signale la présence d'arbres et de forêts et de pâturages, ce qui correspond à une altitude comprise entre 1200 et 1500 mètres et ce qui implique que le col qu'il vient de franchir se situe entre 1700 m et 2000 mètres. Puis après encore trois jours de marche l'armée arrive dans la plaine du Pô. C'est une armée délabrée, des hommes épuisés, un effectif réduit de moitié qui peuvent enfin profiter d'un repos mérité.

 

Le texte de Polybe

Le texte de Tite-Live

 

 

Le parcours selon Polybe
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